31 oct. 2011

Moins d’une semaine avant la présidentielle

Tous les cinq ans au Nicaragua, un nouveau gouvernement est élu. 2011 étant une année électorale, le 6 novembre prochain, le peuple se rendra aux urnes pour élire son nouveau gouvernement. Il entrera en fonction début janvier 2012.

Malgré la complexité de ces élections nationales (élection du président, du vice-président, des députés départementaux, des députés nationaux et des députés au parlement centre-américain), chaque votant devra inscrire seulement 4 croix dans son unique bulletin de vote (grande nouveauté de rationalisation). En effet, 5 partis sont en lice avec les 5 candidats à la présidence :
• PLC : Parti Libéral Constitutionnel – candidat : Arnoldo Alemán (ancien président)
• FSLN : Front Sandiniste de Libération National – candidat : Daniel Ortega (actuel président)
• ALN : Alliance Libérale Nicaraguayenne – candidat : Enrique Quiñonez
• APRE : Alliance Pour la REpublique – candidat : Róger Guevara
• PLI : Parti Libéral Indépendant) – candidat : Fabio Gadea

Chaque parti a désigné son candidat à la présidence et à la vice-présidence ainsi que les différents députés. Sur l’unique bulletin de vote, on trouve donc 5 colonnes avec les 4 cases indiquant les candidats de chaque parti.

La campagne électorale a commencé depuis le début de l’année, mais elle s’est intensifiée au cours du dernier mois. La course n’est pas égale pour tous, car les moyens à disposition sont tellement différents. L’actuel président surfe sur la vague des réformes de son mandat actuel (notamment l’éducation pour tous, la santé pour tous, la propriété foncière pour tous,…) avec le slogan « Tous ensemble et pour le bien de tous, Continuons le changement du Nicaragua ». Son principal adversaire et ancien président emmène l’opposition dans un combat qui semble perdu d’avance et qui axe son argumentation sur les promesses non tenues et sur ce qui n’a pas été (bien) réalisé.

Dans l’ensemble du pays, les couleurs des différents partis sont venus décorer les maisons, les arrêts de bus et les poteaux électriques. Des affichettes ont été placardées partout. Dans certaines agglomérations c’est la jungle des messages présidentiels et la lutte des derniers instants. Dans d’autre comme à Pueblo Nuevo, on est loin du chaos, c’est tout juste si l’événement est discuté au coin d’un bar.

Pourtant le processus est gigantesque et jamais une élection n’aura mobilisé autant de monde ni de moyens (des meetings accueillant jusqu’à 50'000 personnes ont été organisés par les candidats, des publicités passent régulièrement sur les ondes, des t-shirts ont été distribué et un nombre impressionnant de messages sont affichés dans les rues). A Managua, il est prévu d’installer le centre électoral dans le principal stade de baseball.

Avant le scrutin, chaque électeur doit se rendre dans son lieu de résidence et s’inscrire sur les listes électorales pour le Jour J. Autrement, il n’est pas possible de voter. Là il faut pensez à cette importante tranche de la population qui vit dans des communautés éloignées (parfois à plus de 3h de marche d’un centre), comme les professeurs ou les collaborateurs du centre de Wawashang. Allez leur dire de faire deux fois le trajet aller-retour (en imaginant ce que cela peut couter) pour un bulletin de vote qui n’aura probablement aucune influence sur le résultat.
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J’essayerai de suivre ces élections depuis le centre de vote de Pueblo Nuevo et de vous donner quelques impressions la semaine prochaine, pour autant que l’on autorise ma présence et celle de mon appareil photo.


Vous trouverez plus d’informations sur les élections en consultant le site apolitique nicaraguayen http://www.conexiones.com.ni/elecciones (en espagnol) et en lisant les articles du blog de Cédric Reichenbach http://nicaragua-2012.tumblr.com (en français) coopérant d’EIRENE Suisse qui suit en tant que journaliste ces élections pour les relayer en Suisse.

25 oct. 2011

Rina ne s'en prendra pas au Nicaragua

La zone de dépression présente fin de semaine dernière au large des côtes nicaraguayennes s'est finalement déplacée plus au nord et n'affectera que faiblement les communautés de la zone caraibe du Nicaragua. Des pluies sont attendues.

Toutefois, cette dépression s'est convertie dimanche dernier en ouragan, le 18e dans la zone atlantique depuis le début de la saison. Rina continue de se renforcer (ouragan majeur selon le NHC) et est actuellement de niveau 2 sur l'echelle Saffir-Simpson (max 5). Le centre de l'ouragan est caractérisé par des vents de plus de 160km/h. Il se dirige en direction de la péninsule du Yucatan au Mexique qu'il devrait atteindre d'ici jeudi selon les prévisions du centre de Miami.

Pour l'Amérique Centrale, la saison des ouragans n'est pas terminée et la menace pas encore écartée. Pour preuve, une zone de basse pression est actuellement en chemin au nord du Vénézuela. Elle possède 30% de chance de se transformer en tempête tropicale et continue de s'agrandir. N'hésitez pas à suivre son évolution sur le site du NHC.

22 oct. 2011

Les éléments s'acharnent...

Après presque deux semaines d'intenses pluies dans le nord du pays et sur la côte Pacifique, c'est au tour de la côte atlantique de voir s'approcher un potentiel ouragan.

Les pluies abondantes commencées avant le 10 octobre, provoqués par une dépression dans l'Océan Pacifique ont causé d'importants dégâts dans le nord du pays et la région pacifique. Les départements d'Esteli, de Chinandega, de León et de Managua ont été particulièrement touché. Jusqu'à aujourd'hui 17 personnes ont trouvé la mort et environ 150'000 personnes sont affectées par les inondations et déplacés dans des centres d'accueil provisoires (écoles, salles communales,...), lorsque cela était possible.
Le président Daniel Ortega a décrété "l'état de désastre national". L'ensemble du pays est en état d'alerte jaune et les sites les plus touchés sont en rouge. Les risques principaux sont des glissements de terrain dans les régions montagneuses et des inondations à proximité des lacs, rivières et lagunes. Des cas de maladies liés à l'eau insalubre et l'absence de systèmes sanitaires appropriés ont été relevés dans les communautés les plus pauvres.



Alors que les pluies diminuent, un autre phénomène naturel s'approche des côtes caraïbes. Une basse pression située actuellement à 300km de Bluefields risque de se convertir en tempête tropicales ou cyclone ses prochaines 48 heures. Le centre national des ouragans des Etats Unis, basé à Miami (www.nhc.noaa.gov) annonce que selon les modèles météorologique, le système actuel a 60% de chance de se transformer en dépression tropicale.
Cette tempête s'appellerait alors Rina et deviendrait la 18 de la saison des ouragans dans la région atlantique et la première a touché le Nicaragua cette année. L'information circule que cette tempête pourrait être de la même violence que Joan en 1988 qui causa plus de 100 morts dans la région de Bluefields.

Suivez le développement sur le site du NHC

3 oct. 2011

On sème à Kahka Creek

A l'occasion de mon passage à Kahka Creek, nous avons fait faux bond aux inventaires le temps d'une matinée pour semer des graines dans la pépinière de la réserve.

En effet, le rôle de la réserve de Kahka Creek est la promotion et la protection d'un écosystème naturel menacé (la forêt tropicale humide), mais également sa restauration et sa protection. Dans ce contexte-là l'équipe technique prépare des plantations à différents endroits dans la réserve avec des espèces particulièrement intéressantes au niveau de la production de bois. On parle ainsi de Palo de Agua, Cedro Macho, Pino Montero, Caoba, Santa Maria, Almendro, Madroño, tous des noms bizarres et des espèces inconnues dans nos forêts européennes.

Il est impensable d'acheter des plants d'arbres pour réaliser les plantations au sein de la réserve (en général d'une surface supérieure à 1 hectare). Ainsi, il y a au cœur de la réserve une pépinière où grandissent les arbres.

Avec Miguelito, nous avons profité d'un arrivage de graines pour les mettre en terre. Nous avons ainsi semé 70 graines de Caoba avec l'aide de Tito et Efraïn. Les sacs en plastiques qui accueillent les graines ont déjà été mis en place depuis un moment. Avant d'y planter les graines, il faut ramollir la terre en l'arrosant et en l'aérant, ce que sait faire Miguelito à merveille :-) Après un premier tri des graines déjà germées, nous les avons posées délicatement avec la racine dans la terre. Cette espèce d'arbres n'a pas besoin de beaucoup de soleil pour pousser. Ainsi Tito nous a préparé une petite cabane à semis en 10minutes, facile de faire ça dans la forêt tropicale avec
quelques immenses feuilles de palmiers pour fabriquer le toit.

La pépinière fournit également des plants d'arbres pour alimenter la forêt de l'amitié où les visites de la réserve peuvent planter leur arbre. Au vu du grand nombre de visite, un deuxième endroit pour ces « arbres de l'amitié » a été créé. En moyenne, une centaine d'arbres sont plantés chaque année.

Une semaine après, je suis retourné voir à quoi en était la germination des plants. Ils ont déjà bien grandis. D'ici quelques mois, ces arbres pourront être plantés quelques part dans la réserve, soit pour alimenter une plantation déjà existante ou pour entrer dans un nouveau projet de plantation.

30 sept. 2011

Mi-séjour, quelques nouvelles à diffuser

Ma lettre de nouvelles pour la moitié de mon séjour est dorénavant disponible en ligne. N'hésitez pas à l'imprimez et la diffuser à vos connaissances, histoire de faire fonctionner l'échange nord-sud ;-)

Ici la NEWSLETTER

Je suis content de pouvoir partager avec vous ces expériences et j'espère que vous trouverez du plaisir à les lire et ainsi apprendre un peu plus sur le Nicaragua et la culture centre-américaine. Je vais profiter du mois d'octobre pour découvrir un peu plus le reste du pays avec quelques jours de vacances et de dépaysement. ABE

25 sept. 2011

Travail communautaire

J'ai passé la fin de cette semaine à Kahka Creek afin de poursuivre les inventaires forestiers. Mais comme ici le programme peut toujours subir des changements de dernière minute, j'ai eu le privilège de donner un coup de main pour un travail communautaire.

En effet, autour de Pueblo Nuevo, plusieurs hameaux sont regroupés en communauté, notamment la bourgade de Punta Fusil un peu plus au nord de la réserve. Régulièrement et sous la direction de Don Nieve, ancien commandant chez les contras (l'opposition au mouvement sandiniste), la communauté se retrouve pour améliorer ça-et-là quelques éléments utiles à tous.

L'équipe de la réserve de Kahka Creek (Don Miguel en tête), joue un rôle important au sein de cette communauté. En effet, bien que n'appartenant à aucun groupe, la réserve de Kahka Creek peut mettre à disposition de la communauté d'importantes ressources inaccessibles financièrement pour les bénéficiaires (tronçonneuse, essence, ciment,…). La communauté quant à elle apporte essentiellement sa main d'oeuvre. Ainsi Don Miguel participe avec Don Nieve à quasi toutes les réalisations collectives.

La plupart des ponts qui relient Pueblo Nuevo à Punta Fusil ont été réalisé par la communauté, l'entretien du chemin également. Ce jour-là, nous avons amassé des pierres afin de les utiliser pour créer un trottoir sur une partie du chemin à la sortie de Pueblo Nuevo qui est toujours gorgé d'eau.

Avec Don Miguel, Don Tito et Efraïn, nous avons mis à disposition nos bras et le vaillant âne de Kahka Creek pour le transport des pierres. Les autres sont venus petit-à-petit apporter leur soutien, avec un cheval pour le transport des pierres ou des bras… Au total, nous étions une quinzaine à travailler avec 3 chevaux et 1 âne pour le transport des pierres. Le chargement des pierres et les agréables pauses s'alternent au rythme des « ordres du commandant Nieve ». Lui,
c'est un illustre personnage de la communauté avec ses antécédents guérilleros, ses 19 enfants et ses deux femmes partageant la même maison.

Le chemin toujours gorgé d'eau n'est vraiment pas praticable à pied. Ainsi un trottoir sera construit et les flaques d'eau seront comblées (enfin normalement). Cela permettra d'améliorer l'accès du chemin à l'ensemble de la communauté.

Je me réjouis de voir une fois que la construction sera terminée. Je redonnerai des nouvelles du chemin.

16 sept. 2011

Independancia

Le 14 et le 15 septembre sont jours fériés au Nicaragua. En effet, il s'agit de deux jours d'indépendance.

Commençons avec un peu d'Histoire…
Après plus de 300 ans depuis l'arrivée de Christophe Colomb (1502), le 15 septembre 1821, le Nicaragua signe un acte d'indépendance avec l'Espagne qui gouverne sur quasi l'ensemble de l'Amérique Latine. Le Nicaragua devient donc indépendant et rejoint la nouvelle Fédération
d'Amérique Centrale. Malgré cela, la position stratégique du Nicaragua attire les convoitises des américains et des britanniques qui prévoient de construire un canal navigable entre les deux océans.
A l'intérieur du pays, les libéraux et les conservateurs se disputent le pouvoir. En 1855, Les libéraux de Léon demandent l'aide de William Walker (USA) pour attaquer les conservateurs de Granada. Cet américain conquérant qui aura 2ans auparavant tenté un coup d'état au Mexique,
fait tomber Granada avec 56 partisans. Pris au jeu, Walker s'autoproclame président du Nicaragua. II annonce son intention de contrôler l'ensemble de l'Amérique Centrale en envahissant le Costa Rica. Les Etats de la Fédération d'Amérique Centrale s'unissent pour
couper court aux projets de Walker. En 1856, le 14 septembre, en perdant la bataille de San Jacinto, Walker perd son pouvoir. Les conservateurs installeront leur nouveau gouvernement à Managua.

Dans ce contexte, chaque année, les 14 et 15 septembre sont célébrés de manière très traditionnelle par des défilés.

Cette année à Wawashang, la centaine d'élèves n'a pas échappé à cette tradition. Après quelques répétitions en début de semaine au stade de baseball, tout le monde était fin prêt mercredi matin, le 14, à 7h30 au débarcadère du centre. Il aura fallu 3 voyages en bateau pour amener tout ce petit monde (y compris professeurs) à Pueblo Nuevo.
Vers 9h, le directeur de l'école, le Professeur Winston Cash, annonçait le regroupement de ses élèves. Les trois volées se sont regroupées en quatre groupes : les 3e années devant, puis les filles, les 2e années et les 1ère année. Alignés deux par deux, la procession jusqu'au terrain de sport pouvait avoir lieu. Tous marchaient synchrones, d'un pas décidé et ferme qui donnait le rythme.

C'était le grand jour également pour les quelques 150 élèves des pré-scolaires, primaires et secondaires de Pueblo Nuevo qui auront répétés depuis le début du mois d'août. Le long et lent serpent des élèves regroupé également deux par deux selon les classes avançait aux battements de la demi-douzaine de tambours, c'était impressionnant.

Comme dans un cortège digne de ce nom, Pueblo Nuevo dispose donc d'un groupe de musique et d'une douzaine de danseuses. Arrivés tous sur le terrain de sport qui officie en temps normal comme terrain de baseball, les élèves se sont placés, en groupe, face à l'estrade officielle. Sur celle-ci se succéda tout au long de la matinée des discours des représentants des écoles, du ministère de l'éducation et des autorités locales. Les élèves ont aussi eu droit à la parole en récitant par cœur l'un ou l'autre célèbre poème ou même en entonnant des chansons.

Le beau temps était de la partie pour la joie des organisateurs, mais pas celle des étudiants qui cuisaient au soleil. Heureusement des nuages sont venus offrir parfois quelques secondes d'ombre aux fronts dégoulinants. Des poches d'eau et autres boissons circulaient également dans les rangs.

Après la partie officielle, le spectacle a pu enfin commencer. Le Centro de Education Ambiental et Agroforestal (CEAA) de Wawashang a proposé une jolie chorégraphie qui annoançait le départ du cortège. Tous les élèves se sont alors mis en rang par deux et ont défilés dans l'étroit village. Le parcours, bien que simple (place de sport, débarcadère 1, débarcadère 2 et retour à la place de sport) laissait entrevoir quelques embouteillages inévitables lors des croisements. Le groupe de musique donnait le rythme aux sons de leurs caisses claires et de la grosse caisse. Les spectateurs essayaient de suivre la procession en marchant et en changeant de point d'observation à côté des élèves. Comme si tout le village était en mouvement.

Le retour à la place de sport devait annoncer la fin du défilé, pourtant les cheersleaders ont encore offert aux spectateurs une prestation sans fin. Les pauvres, elles transpiraient énormément et le groupe de musique qui leur donnait le rythme n'a pas voulu s'arrêter…

Finalement, il n'y a pas eu de feux d'artifices, ni de stands ou de soupe au chou (ah les traditions !) mais l'ambiance était joviale et surtout c'était un jour férié. Le lendemain, aucune cérémonie officielle n'était prévue à Pueblo Nuevo ou Wawashang. Dans les autres grandes villes du pays c'est la fête pendant 2 jours. Ici ce fût un deuxième jour férié…